ISLAM ET LAICITE

Publié le par PITA

INTERVENTION PRONONCEE A L'OCCASION DE L'AID-AL-FITR DANS LA MAIRIE DE MON LIEU DE RESIDENCE A LA REUNION (VILLE DE 30.000 HABITANTS). 

 

Monsieur le Député-maire, Mesdasmes et Messieurs les Adjoints, Mesdasmes et Messieurs les conseillers municipaux, chers amis, chers sœurs et frères en Islam.

 

Je souhaiterais tout d’abord manifester devant cette assistance l’émotion qui est la nôtre, la mienne, de vivre cet instant chargé de solennité dans l’enceinte de la mairie de Saint-joseph.

A ce titre, permettez-moi de souligner avec emphase la chance que nous avons de vivre de tels moments à la Réunion en général et à Saint-Joseph, en particulier.

Pour ceux qui, comme moi, viennent de la Métropole, ce type de réception inconcevable dans une mairie de l’Hexagone, demeure un événement Unique qui participe au dialogue des civilisations ; à ce titre, monsieur le Député-maire, je vous remercie de cette initiative.

 Je pourrai déclamer, à l’instar de Martin Luther King : I have a dream : j’ai fait un rêve : celui de réaliser une convergence entre les valeurs constitutives de la République et celles intrinsèques aux religions parmi lesquelles bien évidemment l’Islam que je désignerai à travers la métaphore : Marianne et le Prophète Muhammad (que la Paix et le salut de dieu soient sur lui).

A ce propos, comme le rappelait dèjà, en son temps : le Père Theillard De Chardin : « TOUT CE QUI MONTE CONVERGE », nous fils, d’Abraham, je pourrai même ajouter d’Adam, le premier prophète, notre ancêtre commun à tous les fidèles de la tradition adamique, nous partageons un héritage spirituel, culturel, humaniste qui pour nous musulmans trouvent sa récapitulation et son achèvement dans la parole de Dieu (Le très Vénéré et le Très respecté).

 

Je voudrais partager avec vous ces quelques réflexions sur un mot que l’on emploie de manière récurrente : la laïcité et pour lequel certains, notamment en Métropole lui donnent un sens galvaudé,

 

La Laïcité française résulte philosophiquement d’une nécessité placée sous le signe de la tolérance qui contient un principe intellectuel et un principe moral.

Le principe intellectuel fonde la libre diversité des opinions et des croyances qui est, selon l’expression de Voltaire de « droit naturel » et de droit humain ».

Le principe moral fait que cette diversité ne doit jamais être un obstacle à la création de liens fraternels entre les hommes. Jean GUITTON définit ainsi l’essence de la laïcité :

 

« Quelle est l’essence de la laïcité ? Si je lis Rousseau, Robespierre, Jules FERRY, Félix PECAUT, et tous les pères de l’église laïque, je trouve que la laïcité se définit par la Raison. La Laïcité, c’est la religion de la Raison poussée à son terme, et donc par voie de conséquence, l’exigence de  la loyauté, de la justice, du respect de toute la liberté. » Extrait de Marie-Silve et la spiritualité laïque paru en 1978, page 12.

Ernest RENAN ne disait-il pas en 1884 : La lumière de la Raison devient la lumière supérieure, allant même jusqu’à paraphraser l’évangile : «  Allez de toutes les nations et répandez les lumières de la Raison ( ce qui a conduit à la politique coloniale de la fin du XIX et début de 20ème siècle.

L’un des membres de mon jury de thèse doctorale : le professeur Francis LAMAND : avocat international et ancien chargé de cours à l’université islamique du Koweit définit la laïcité comme : « L’INDIFFERENCE A LA DIFFERENCE ». Pour ma part, je retiendrai plutôt cette dernière définition.

 

Ce soir, nous sommes réunis dans la maison du peuple, conformément à ce que décidèrent les révolutionnaires du 5 fructidor : 22 août 1795.

La richesse de ce peuple réside précisément dans la diversité de ses cultures, ses traditions, ses langues et bien évidemment ses religions.

 

De ce fait, il nous appartient de reconnaître une convergence entre le tryptique fondateur de la laïcité : science, tolérance et fraternité avec les principes fondamentaux de l’Islam :

1 – L’Islam et la Science

Le Prophète Muhammad (que la paix et le salut de dieu soient sur lui) dans ses enseignements demande à ses disciples « de rechercher la science jusqu’en Chine » ou encore « le savoir du berceau jusqu’au tombeau », il ajoute même qu’un seul homme de science a plus d’emprise sur le démon qu’un millier de dévôts ». Il affirme aussi que « l’encre de l’étudiant est plus sacrée que le sang du martyr. L’appel à la réflexion, à la méditation et au raisonnement s’avèrent permanents.

Le philosophe Al-Ghazali affirme que la religion est remède et la science nourriture, ce qui signifie que ceux qui cherchent la vérité sont animés par un sentiment dont la source se trouve dans la religion.

Dieu (le Vénéré et le Tout Puissant) apparaît en Islam comme le plus grand savant qui incite l’homme à acquérir de plus en plus de science comme l’atteste sa parole dans le Saint-Coran section 20, verset 114 : «  Oh mon seigneur ! augmente ma science ».

 2 – L’Islam et la tolérance

« Pas de contrainte en religion » Coran (section 2, verset 256)

Ce verset exprime la tolérance avec laquelle Dieu( Le Vénéré et le Tout Puissant) a révélé sa parole au prophète Muhammad (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui). Aucune obligation, aucune pression ne doivent être exercées pour entrer en Islam. Témoigner l’Islam suppose l’adhésion libre et consciente du croyant qui décide de se soumettre à Dieu (Le Vénéré et le Tout-Puissant).

Le prophète Muhammad ( que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) adopta toujours et en toutes circonstances un immense respect pour les  gens du livre non musulmans : juifs et chrétiens. Dès ses débuts, l’Islam se soucia de la protection des droits des minorités non musulmanes : sécurité des personnes et des biens, reconnaissance des droits civils et politiques, liberté de conscience et de culte ; par exemple : les évêques, les rabbins ou les patriarches orthodoxes disposaient du statut de magistrat tout en restant des chefs religieux responsables devant les autorités musulmanes.

Le prophète Muhammad (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) annonça que celui qui lèserait le droit du minoritaire protégé deviendra son adversaire lors du Jugement dernier.

Un formidable esprit de tolérance apparaît dans ses propos écrits au début du XXème siècle par un ancien Recteur de l’Université d’Al-Azhar au Caire : Cheikh Muhammad ABDU :

« Pour moi, la Bible, l’Evangile et le Coran sont trois livres concordants, trois prédications étroitement unies entre elles ; les gens religieux les étudient toutes les trois et les vénèrent également, ainsi se complète,l’enseignement divin et l’Islam parachèvement ultime de la révélation brille à travers toutes les religions » Traité sur l’Unicité de Dieu p. 47.

 

3 – L’Islam et la fraternité

« Les croyants sont frères. Etablissez la paix entre vos frères et soyez fidèles à Dieu (Le Vénéré et le Tout Puissant) Peut-être vous sera-t-il fait miséricorde ». (Coran, section 49, verset 40).

« Le musulman est frère du musulman » (enseignement rapporté par Bukhari). « le musulman est pour le musulman, à l’image d’un édifice dont les diverses parties se soutiennent ». (Coran, section 5, verset 32).

La fraternité recommandée par Dieu (Le Vénéré et le Tout Puissant) s’applique à tous les hommes de la Terre, aucun musulman ne saurait tuer un non musulman. Tout homme doit bénéficier, a priori, de la considération d’autrui. Aucun verset du Coran ne demande aux musulmans de déclencher des guerres offensives contre un non musulman pas plus que contre un musulman.

Beaucoup de versets coraniques concernent les gens du livre (juifs et chrétiens). Coran section 3, verset 113 : «  Chez ceux qui ont le livre, il y a une nation droite : ils récitent de nuit des versets de Dieu et se prosternent, ils croient en Dieu et au jour dernier, ils ordonnent le bien et interdisent le mal, ils se hâtent de bien faire, ils sont parmi les justes ».

L’amour d’autrui est non seulement primordial en Islam mais il en devient la condition essentielle de la Foi du croyant. Par voie de conséquence, l’Islam dénonce toutes les situations ou tentations créant une rupture à l’égard de l’amour.

Pour que l’amour ne soit pas rompu, Dieu (Le Vénéré et le Tout Puissant) recommande au croyant de taire sa vengeance, et de pardonner envers celui qui a commis une faute.

Et enfin dans Islam, il y a Salam : la Paix, l’islam est la religion de la Paix.

 

Le philosophe indien Muhammad IQBAL devenu très célèbre après la création de l’Etat du Pakistan en 1949 a écrit deux vers pouvant servir de devise, non seulement aux trois révélations monothéistes mais aussi à la laïcité française.

« NI D’OCCIDENT, NI D’ORIENT, MA MAISON N’EST PAS A DEHLI, PAS A SAMARCANDE, PAS A ISPAHAN…MAIS PARTOUT OU IL Y A CREATION DE L’ESPRIT HUMAIN.

 

A qui en France, la création de l’esprit humain doit-elle faire peur ?

 

Anatole France répond à cette interrogation par une question posée par Madame Nozière dans son roman : « La vie en fleur » publié en 1948 page 230 :

 

« Quel a été  le plus mauvais jour de l’histoire ? C’est lui dit Monsieur Dubois le jour de la bataille de Poitiers, quand en 732 de l’ère chrétienne, la science, l’art et la civilisation musulmanes reculèrent devant la barbarie franque ».

 

Je terminerai mon propos par cette citation empruntée à ce grand philosophe et poète devenu un héros national au Pakistan : Muhammad IQBAL lorsqu’il écrit :

« L’Orient a tourné ses regards vers Dieu mais n’a pas vu le monde. L’Occident a pénétré le monde matériel et a fui Dieu. Ouvrir les yeux sur Dieu, c’est cela foi, se regarder sans voile, c’est cela la vie. »


Luis-Nourredine PITA 

 

Publicité

Publié dans SOCIETE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article