Autres horizons, autres déviances!
Contrairement à Joigny où une lettre intime peut être diffusée la veille d'un scrutin sans scrupule ; ici, à La Réunion, ce courrier deviendrait inconcevable.
En effet, la culture créole ne badine pas avec ce genre "d'écarts". L'auteur et le destinataire d'un tel courrier s'exposeraient à des conséquences gravissimes eu égard à leur intégrité physique. Les journaux locaux relatent quotidiennement des scénes de violences conjugales ou extra-conjugales pour beaucoup moins que cela...
Par contre, d'autres déviances caractérisent la société créole, surtout lors des élections municipales, cantonales ou législatives.
Par exemple, comme chacun sait la société réunionnaire se définit comme un métissage séculaire fondé notamment sur l'esclavagisme et, chaque campagne électorale connaît son lot de propos péjoratifs renvoyant à des connotations raciales très négatives.
A titre d'information, l'invalidation de l'élection municipale de Saint-Louis s'enracine dans un texte jugé diffammatoire par le Conseil d'Etat puisqu'il remettait en question les capacités de gestions de l'un des deux candidats appartenant à la communauté Cafre, c'est-à-dire un Noir descendant d'esclaves ; d'ailleurs, ce dernier a engagé une procédure pénale en se constituant partie civile.
L'auteur de ce tract est son concurrent qui, lui, appartient à la communauté "des Gros Blancs", c'est-à-dire les descendants de colons appelés également esclavagistes.
Beaucoup de commentateurs et d'observateurs de la vie politique locale craignent la résurgence de ce scénario lors de la prochaine élection qui opposera les mêmes protagonistes.
Il faut savoir que les élections connaissent toujours à La Réunion, un degré de violence plus ou moins aigû selon les périodes et la ténacité des candidats en présence. Dans les années 1950 et 1960, certaines campagnes électorales tournèrent au drame. La population réunionnaise a encore en mémoire l'assassinat en 1949 d'Alexis De VILLENEUVE : candidat présenté par la droite lors d'une élection législative. La personne accusée alors et acquittée ensuite fut Paul VERGES devenu entretemps le secrétaire général du Parti Communiste Réunionnais.
Aujourd'hui Paul VERGES est le président du Conseil Régional de la Réunion.
En revanche, l'anonymat politique n'existe pas, Chacun aime bien afficher son appartenance. La voiture "sono" avec de multiples photos et utilisée par toutes les têtes de liste d'une élection municipale illustre ce propos. Les citoyens arborent fièrement sur leur tee-shirt slogans et effigie du candidat de leur choix.
Comme le dit si bien ce proverbe créole : "une élection sans fraude, c'est un court-bouillon sans piment." Lorsque l'on connaît l'engouement du monde créole pour le piment, on comprend mieux l'effervescence locale autour du microcosme politique.
Luis-Nourredine PITA.