France : Meurtre du vigile de Bobigny

Publié le par PITA

      lundi 5 avril 2010 - par René Naba


L’émotion légitime suscitée par le meurtre mercredi 31 mars d’un vigile

d’origine arabe d’un grand magasin de bricolage de Bobigny, en Seine-

Saint-Denis, par six jeunes de confession juive, et le traitement a

minima de cette affaire sur le plan politico médiatique qui s’en est

ensuivi, devrait être l’occasion d’une prise de conscience salutaire

quant à la nécessité d’une action concertée –et non sectorielle– de

riposte à la culture du mépris et d’éviter ainsi de faire le jeu d’un

pouvoir qui orchestre la division sociale pour asseoir sa pérennité

In limine litis, il importe de ne pas « racialiser » le problème,

c’est à dire de le présenter comme un conflit bloc contre bloc,

opposant juifs et arabes ou juifs et musulmans, mais de le poser en

termes généraux et de maintenir le débat au niveau des principes,

un événement de nature criminelle qui relève, en premier lieu, du

droit commun et dans le cas d’espèce du Droit Pénal Général.

A nos détracteurs, suggérons des titres en contrechamps pour les

inciter à la réflexion en leur proposant les titres suivants pour

tester leur réactivité :

Six jeunes noirs agressent sauvagement un vigile à Neuilly

Ou bien

Six jeunes romanichels agressent sauvagement un vigile à Versailles

Ou encore

Six jeunes parisiens agressent sauvagement un vigile à Vaulx en Vélin

Ou enfin

Six jeunes musulmans agressent sauvagement un pauvre vigile juif

L’Affaire de Bobigny pose le problème politique et moral de la

discrimination dans le domaine de la répression. Ma crainte

est que les Musulmans de France ne se laissent entraîner dans

une surenchère communautariste et ne s’enferment dans un

ghetto analogue à l’autre ghetto, alors qu’il importe de dépasser

la logique binaire du « Halal » et du « Haram » et de mener le

combat contre toutes les formes de discrimination et de racisme.

Que l’affaire de Bobigny, de même que les déclarations d’Eric

Zemmour sur la proportion des Noirs et des Arabes trafiquants

de drogues ou auparavant l’éviction du Préfet Bruno Guigue

soient l’occasion d’une prise de conscience collective

–et non sectorielle—de l’urgente nécessité d’une action concertée

et globale de riposte à la culture du mépris. Et d’éviter ainsi de

faire le jeu d’un pouvoir qui orchestre une division sociale

pour asseoir sa pérennité, qui joue la précarité pour imposer le

grand capital comme en témoigne le débat sur le bouclier fiscal

dont le maintien dans un « Etat en faillite » pose le problème sinon

de sa pertinence, à tout le moins des arrières pensées de ses promoteurs.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la France offre le spectacle

d’une société fragmentée où chaque citoyen voit dans l’autre un

adversaire, une société qui fonctionne sur un mode hémiplégique,

apportant son lot de suspicion, d’antagonisme, de préjugés et de peurs.

Ne nous laissons pas abuser. Agissons pour une alliance blancs,

noirs, arabes, latinos, asiatiques, chrétiens, musulmans, laïcs, une

alliance arc en ciel regroupant sur une base politique aussi chômeurs

en fin de droits, sans domicile fixe, sans emploi, salariés précaires,

smicards ou rmistes, clandestins sans papiers, en un mot tous ceux qui

partissent de l’injustice et de l’oppression, une alliance plus crédible

politiquement et plus attractive, une alliance sur le modèle de la

glorieuse tricontinentale, le fer de lance de la lutte contre l’hégémonie

capitaliste à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine.

Evitons de nous enfermer dans l’équation « Chrétien Occident versus

Islam obscurantisme et barbarie » vers laquelle leurs adversaires veulent

les entraîner.

D’importantes échéances électorales sont en vue. Le temps des jérémiades

est fini, voici venu le temps de l’action.


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Publié dans SOCIETE

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