UNE HUMANITE DEVENUE ADOLESCENTE.
Je transforme par une réactivation du segment de discours répété propre aux linguistes du Français langue étrangère, le titre du chapitre : Une société devenue enfin adolescente, extrait de la défaite de la pensée de Alain FINKIELKRAUT.
Nous entendons fréquemment dans la société occidentale le : « laissez-moi faire ce que je veux », cette affirmation ordinairement émise de manière spontanée et donc non rationnelle symbolise la non pensée à l’état pur. En effet, si nous prenons un tant soi peu le recul nécessaire imposé par l’objet d’une telle affirmation, nous devons admettre que ladite liberté devient impossible à celui qui ne pense pas, cette attitude se confond avec l’ignorance.
Aujourd’hui, la conversation disparaît au détriment d’éructations de borborygmes, d’onomatopées, de vibrations, de contorsions conçues par leurs adeptes comme un nouveau moyen de communication.
Comme l’écrit FINKIELKRAUT : « nous vivons à l’heure des feelings », il n’ y a plus de vérité ni de mensonge, tout se vaut. Lors d’un échange, chacun exprimera sa part de vérité et une autre de mensonge mais ce n’est pas grave puisque la règle du jeu l’exige ainsi. L’essentiel revient au paraître. L’image l’emporte sur l’essence. Le verbe paraître se décline à l’infini : paraître beau, riche, sportif, intelligent, bronzé et surtout : jeune…La civilisation occidentale a mis en place depuis la fin des années quatre-vingts un culte de l’hédonisme associé à une logique de satisfaction immédiate des besoins et des plaisirs : caractéristique majeure de la société de consommation.
L’idôlatrie juvénile envahit tous les esprits, incitant ainsi grand nombre d’adultes à vouloir se mettre à la page en se découvrant des goûts de jeunes, en pratiquant la politique « du copain » dans l’éducation de leurs enfants. La jeunesse cesse d’être une période transitoire pour devenir un objectif de vie. Tout ce qui rappelle la mémoire, la culture classique tend au vieillissement ; aussi, il convient de s’en éloigner. Ainsi, des adultes ayant un âge avancé s’habillent, se coiffent comme des adolescents, choisissent pour compagnon ou compagne un adolescent, se convertissent au « rap », « reggae », « hip-hop », se promènent avec un casque-baladeur, portent des piercings, des boucles d’oreilles, rédigent des annonces ainsi libellées : Jeune homme de 50 ans, femme de 60 ans en paraissant 40, cherchent une relation durable…
Cette tendance n’épargne pas non plus, les sphères de l’école ni celles de la politique. Ces deux institutions placent les jeunes « au centre » de leur système respectif. La première vise à adapter son discours aux apprenants : terme savant pour désigner les élèves, la seconde procède de même en véhiculant des images de « jeunes » aussi bien pour ce qui relève « du look » que de la culture ambiante représentée par des artistes, des acteurs ou des participants à la dernière télé réalité du moment. Les images du président SARKOSY en tenue de jogging illustrent ce propos.
Comme elle semble lointaine la maxime : Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait … ?
Luis-Nourredine PITA.