L'IDENTITE NATIONALE ILLUSTRE LA DEFAITE DE LA PENSEE§

Publié le par PITA

 

 

 

Avant de présenter l’identité nationale comme une oxymore : figure de style bien connue des linguistes, il convient de se référer à Feu Claude LEVI-STRAUS qui, lors d’un séminaire sur la notion d’identité, écrivait en 1977 : « A chaque fois qu’on pose le problème de l’identité, on aboutit davantage à une critique de l’identité qu’à son affirmation pure et simple. » (L’identité, Paris, Edition Grasset, p. 331).

 

Ainsi, la question de l’identité présuppose la négation d’une idée substantielle capable de définir une civilisation, une culture, une religion et encore moins une Nation.


Toujours dans ce même ouvrage Feu Claude LEVI-STRAUSS indique que « l’identité se réduit moins, à la postuler ou à l’affirmer, qu’à la refaire, la reconstruire et ce, de manière permanente… ».

Aussi, la question de l’identité (libérée de sa rigidité formelle) intéresse toutes les sociétés étudiées par les ethnologues, elle intéresse aussi l’anthropologie et bien sûr la religion.


Jacques ANDRE dès 1983 dans un article publié par la revue « Les Temps Modernes » aborde le concept d’identité sous ce titre : « Le retour du même. » Cette expression renvoie à l’étymologie première du latin identitas qui pourrait être rendue en français par « mêmeté » ainsi comprise l’identité exprime le caractère de ce qui est identique, qui demeure inchangé entre deux objets de pensée, présentés comme, a priori, similaires. Selon ce raisonnnement, est identique, ce qui apparaissant plusieurs ou apparaissant sous plusieurs aspects, est en réalité et dans son fonds : UN.


Il faut bien reconnaître que tous les chercheurs qui réfléchissent sur l’identité se heurtent à deux problèmes essentiels :

1 – l’importance de la différence dans la question de l’identité ;

2 – l’importance d’une unité globalisante peu respectueuse des différences.

 

En outre, la question de l’identité se pose de deux façons :

1 – l’identité socio-culturelle qui se réfère essentiellement au groupe et à sa définition collective, ce que Gilbert GRANGUILLAUME : professeur à l’IREMAM de l’Université d’Aix-Marseille, nomme le rapport entretenu à la normalité admise dans le groupe d’appartenance et donc au sentiment d’inclusion ou d’exclusion ressenti par rapport à la langue, à la religion et aux valeurs reconnues.

2 – l’identité individuelle qui se pose à l’être entendu comme personne. Le terrain en est alors la parenté, les termes qui la composent, leurs positions respectives, la place que le sujet y occupe.

 

Quel est le statut du discours habituel lorsque l’on parle d’identité : « dépendance, intégration, assimilation… » A l’instant même où le discours s’exprime, d’où parle-t-il : de la communauté-mère organisatrice d’un modèle unique ? De l’influence parentale ? Si tel était le cas, ce discours n’échapperait guère à la redondance du même. A cet instant, surgit l’Autre dans sa relation au Même : peu importe s’il s’agit de la Nation, de la classe, de l’ethnie, de la religion, cette relation demeure également constitutive d’identité.

 

L’Autre et le Même constituent les deux versants de la notion d’identité.

 

C’est par ces termes que Feu Claude LEVI-STRAUSS concluait son séminaire sur l’identité : Vous voulez étudier des sociétés complètement différentes, mais pour les étudier, vous les réduisez à l’identité. »

 

Ainsi comprise, l’identité engendre exclusivement la question de l’invariant d’une Nation depuis ses origines, toute dynamique vivante et interactive entre l’Autre et le Même s’en trouve totalement écartée. Que deviendraient dans cette perspective tous les peuples ayant imprimé la pensée ou l’histoire de France ?


Nos actuels gouvernants voudraient définir l’identité française en terme politique d’où l’épithète « nationale. » Cette volonté s’apparente à un « coup de force » qui tend à raser tous les particularismes constitutifs de la notion d’identité : les langues, le multiculturalisme, les origines sociales et ethniques, l’histoire et la géographie ultramarines, les valeurs éthiques et religieuses.

 

Au lieu de valoriser le concept d’identités plurielles, nos gouvernants actuels cherchent à réveiller une idéologie sécuritaire à travers les vieilles nostalgies d’un Etat national « fort » au sein duquel la citoyenneté « se mériterait. »

 

En conclusion, l’identité nationale se métamorphose en une vaste machine politique qui, non seulement, annihile les particularismes et les différences mais instaure un contrôle social de toutes les personnes, françaises ou non, installées sur les territoires de la République.

 

 

 

                                                                           Luis-Nourredine PITA.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans POLITIQUE NATIONALE

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